[CHALLENGE Les Contraires] Amor Fati (TERMINE)

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Melsy_LbaMelsy_Lba Messages: 244 Membre
Modifié (octobre 2020) dans Histoires & Challenges
Bonjour,
Grande fan de challenge en tout genre, je me suis lancée il y a quelques jours dans celui d’ @Ada , Les Contraires s’attirent (règles). Mes deux simsettes, Adeline et Elisabeth, m’ont littéralement embarquée dans leur histoire et finalement pourquoi ne pas la partager également avec vous ?

PS 1 : C’est la première fois que j’écris une histoire sous ce format donc pardonnez par avance ma piètre maîtrise de l’art du screenshot (Ai-je réellement découvert la touche Tab il y a trois jours après 6 ans de jeu ? oui absolument)

PS 2 : Je joue à partir de la magnifique sauvegarde de -NS- (que vous pouvez retrouver ici), à quelques exceptions près tous les bâtiments et personnages extérieurs à l’histoire sont le fruit de son travail !

Je vous laisse sans plus tarder avec le Prologue en espérant qu’il vous plaira.
A bientôt
M-
PROLOGUE
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Je déteste la foule. Je déteste cette masse informe qui s’agite face à moi. Elle m’oblige à te chercher malgré moi parmi une multitude de silhouettes comme pour mieux me rappeler que tu n’y es pas. C’est sans doute ma tragédie à moi, dix ans plus tard de continuer à te chercher en vain derrière chaque veste en jean déchirée, chaque mèche rose ou violette que j’aperçois douloureusement ici et là.

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J’ai jamais pu t’oublier. Ah c’est pas faute de l’avoir voulu ! Mais j’ai jamais pu. Pas même l’espace de dix minutes. Tu étais toujours là, dans ma tête, avec ta philosophie de comptoir et ton optimisme exacerbé. Je t’imaginais même parfois, ton petit sourire moqueur au coin des lèvres me dire encore une fois : ’t’es qu’une poule mouillée Swan’. Non, tu n’étais plus là, mais tu n’es jamais réellement partie non plus. Sans doute parce que même si nous étions mieux séparées qu’ensemble, nous ne savions pas comment vivre l’une sans l’autre non plus.

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Alors quand tu es apparue comme par magie ce jour là, sur cette petite place de village qui avait été le théâtre de toute notre vie, il n’y a eu ni choc ni surprise, peut-être simplement un petit rire nerveux qui résonnait comme une mauvaise blague. Dix ans plus tard tu revenais me chercher et cela ne me paraissait être rien d’autre qu’une pure évidence. Nous avions vieilli, tu n’avais plus tes mèches violettes, je n’avais plus mon ‘tailleur tiré à quatre épingles’, mais tu étais là et soudain c’était la seule chose qui importait.

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J’ai tenté de t’ignorer mais nos regards ont immanquablement fini par se croiser et alors tu as fait comme tu faisais toujours : tu as fait comme chez toi. Comme si hier encore nous avions partagé le repas du soir en rigolant. Tu ne m’as pas dit ‘bonjour’, tu ne m’as pas non plus demandé comment j’allais, ce n’était que des formules de politesse futiles après tout, et puis tu n’avais jamais aimé ça, parler pour ne rien dire. Que disais-tu déjà ? ‘Pourquoi passer par quatre chemins quand on peut prendre une ligne droite ?’ Pourquoi effectivement, c’est ironique quand on y pense. On a jamais su le faire ça nous, prendre la ligne droite.

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« Tu écris toujours ? »
« Oui. Enfin… j’essaye. »
« Essayer c’est déjà commencé à y parvenir, tu ne penses pas ? »

C’était toi tout craché : des phrases toutes faites qui ne veulent rien dire mais qui vous retournent tout de même l’existence en large et en travers. Je t’ai aimée pour ces phrases là sans doute autant que je t’ai détestée pour ces mêmes phrases. Tu arrivais et repartais de ma vie en balayant toutes mes certitudes au passage, ne laissant derrière toi qu’un vaste champ de bataille contre moi-même, mettant ma vie sans dessus dessous, pour le meilleur, et pour le pire sans doute aussi.
« Je pensais qu’en écrivant cette histoire, je guérirais. »
« Et alors ? »
« La littérature ne m’a pas sauvée de toi »


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Tu as pleuré. Je ne t’avais jamais vue pleurer avant, pas même lorsqu’on se moquait de toi petite, pas même à l’accouchement, pas même lorsque ta grand-mère est décédée.
« Qu’est-ce qu’on a fait Adeline ? Qu’est-ce qu’on a fait ? »
Toutes ces années, tout cet amour que l’on a jamais appris à maîtriser, qui nous a consumées, toutes ces disputes et ces mensonges, tous ces actes manqués.
« On s’est aimées. Maladroitement. Douloureusement. Mais on s’est aimées. »
« Pour une femme de lettres, tu ne maîtrises pas très bien la concordance des temps. »
« Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas dire. »
« Je crois qu’au contraire il serait peut-être temps de les dire pour changer. »
« Il est trop tard maintenant. »
« Il n’est jamais trop tard. Il n’est que quinze heure. »


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« Tu te souviens ? C’était là. »
« Comment aurais-je pu oublier ? Je n’ai jamais su comment t’oublier Elisabeth. »
« Tant mieux. »


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Oui parce que tout avait commencé comme ça. Par un samedi après-midi où tes parents nous avaient obligé à vous traîner tes amis et toi en centre-ville avec nous. Parce que t’avais toujours adoré ça toi, faire comme nous, mais pas pour ‘faire comme les grands’, juste parce que tout ça, ça t’échappait déjà. Notre monde à nous semblait à dix mille lieux de ton monde à toi.

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A quatorze ans déjà, c’était comme si tu étais à l’étroit dans cette grande maison familiale. Tu étais la dernière petite-fille de Camille Tale, l’une des plus grandes figures du parti écologique de notre époque, fille d’un scientifique reconnu et de la première astronaute à avoir mis un pied sur Hiattooine, soeur d’une jeune femme brillante que tout destinait à prendre leur relève… et toi, avec toute ta joie de vivre et ton aversion pour les jeux d’échecs, tu étais comme posée là par erreur, comme un mauvais sort du destin.

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La ‘Belle Caroline’, c’est comme ça que tout le monde surnommait ta soeur. La belle et brillante Caroline, toujours si sérieuse, toujours si parfaite. J’étais la nouvelle au lycée et elle m’avait accueillie avec toute la bienveillance dont elle savait faire preuve. Elle était ma meilleure amie, ma seule amie pour être exacte, et j’admirais tout d’elle. Son intelligence et sa beauté bien sûr, mais également sa bonté d’âme et sa patience à toute épreuve. Elle était calme, pondérée, semblait toujours réfléchir longuement avant d’agir. Être comme elle, j’en rêvais plus que tout. Toi, tu l’avais évité à tout prix. ‘Plutôt crever’ un jour m’avais-tu dit.

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Du haut de tes quatorze ans, tu savais déjà qui tu étais et qui tu voulais être, et non jamais tu ne serais un clone de Caroline. Nous aimions lire calmement, tu aimais t’exclamer et rigoler en jouant bruyamment à la console avec tes amis. Nous suivions attentivement les dernières tendances, tu préférais ressortir tes vieux jeans tâchés de sauce tomate. Nous récitions religieusement les Fleurs du mal de Baudelaire, tu créais tes propres poèmes, balançant les règles de la versification par la fenêtre la plus proche à en rendre fiers les dadaïstes. Entre nous, nous te surnommions ‘coin-coin’, ni par affection ni par réelle méchanceté. Ce n’était là qu’une manière bien puérile de souligner ce que tout le monde pensait tout bas : tu étais le vilain petit canard, et je crois que secrètement je t’admirais déjà pour cela.

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Mais tout a changé ce samedi là. Mon petit ami et moi étions encore en train de nous disputer, et il m’a méchamment insultée. Un instant j’avais même cru qu’il s’apprêtait à lever la main sur moi et sans doute que tu l’avais pensé aussi.

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Vous vous êtes interposés, tes quatorze ans, ton courage et toi. Je ne me souviens plus de ce que tu lui avais dit, sûrement un de ces noms d’oiseau dont toi seule as le secret. Quelque chose comme ‘patient zéro de la bêtise’ ou ‘tête de têtard desséché’. Ce jour là, ce n’était plus la petite soeur de Caroline que j’avais en face de moi. Pour la première fois, je te voyais toi, Elisabeth. Force, courage et loyauté, non tu n’avais vraiment rien à envier à ta soeur ma petite Gryffondor.

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Tu avais quatorze ans, j’en avais seize, et sur cette place de village devant le petit café qui faisait angle, tu venais sans le savoir de bouleverser nos vies pour la première fois.
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Les Contraires s'attirent : Amor Fati (Terminé)
VDC/Histoire : Memento Mori (En cours)
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Réponses

  • ElinoeeElinoee Messages: 2,743 Membre
    Comme c'est touchant cette histoire,j'en ai presque la larme à l'oeil :'( Tu écris vraiment bien...
    Je ne peux qu'imaginer combien leur histoire a dû être compliquée,et combien elle va continuer à l'être!

    Tes screens sont très bien,ne t'inquiète pas! Et celui séparé par un éclair entre présent et passé est génial :)


    Des vies d'ado : 🌈Bonheurs et désillusions à Copperdale🎓 (en cours)
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    Comme à la ferme : 🐰 Le rêve de Liselotte 🦊 (terminé)
    Colonie/ Settlers :🌍 Nouveau monde 🌎 (terminé)
  • sirhc59sirhc59 Messages: 24,253 Modérateur
    Voici une histoire qui commence vraiment bien, un joli texte, bien rédigé et sans fautes, ce qui est toujours agréable pour les lecteurs ;) et tes screens ne sont pas mal du tout :)

    Cependant, ils sont tout de même un peu lourds, il faudrait envisager de les redimensionner. Tu trouveras dans la salle dédiée aux tutos toute l'aide si tu en as besoin : https://forums.thesims.com/fr_FR/categories/tutoriels-et-conseils-utiles.

    Une fois ces screens redimensionnés, plus besoin de spoilers ;) Il faut savoir que nombreux sont ceux qui ne prennent pas le temps d'ouvrir les balises :/
  • HorthakHorthak Messages: 1,317 Membre
    Je... Ouah.

    Hm, pardon. C'est rare, mais j'avoue qu'en terminant ton chapitre j'étais bouche bée :joy: Entre la qualité de ton écriture, celle de ton prologue et de ce qu'il raconte, ton décor, des screens (qui sont très bien, surtout celui retouché pour passer d'une époque à l'autre, magnifique !) et, mon péché mignon, tes références littéraires pointues... Je suis absolument conquise (la référence au dadaïsme m'a plongée dans mes souvenirs de fac de Lettres Modernes :heart:) !

    Ces deux femmes ont l'air d'avoir vécu une histoire très mouvementée, et j'ai vraiment hâte d'en connaître les détails. Le peu qu'on connaît avec ce début d'histoire est très touchant en tout cas. Franchement bravo !

    Ah et... bienvenue parmi nous, en tout cas ! :mrgreen:
    Galerie : Horthak
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    Père Castor : Et si on recommançait ?
    Perdu sur l'île : Lune de miel
  • AdaAda Messages: 3,261 Membre
    Superbe textes! J'aimerais être doué en écriture, malheureusement, je ne lui suis vraiment pas 😂
    Merci beaucoup d'avoir choisi mon challenge! Il est assez douloureux mais il a une fin heureuse 😁
    J'aime beaucoup le screen du passé/présent 😍
    Et le dernier bâtiment qu'on vois sur la dernière image, c'est toi qui l'a fait? 😮, je le trouve trop beau!

    En tout cas, beau travail, ça promet!
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    BD Sims: eklablog


  • Melsy_LbaMelsy_Lba Messages: 244 Membre
    Modifié (août 2020)
    Déjà un grand merci pour votre superbe accueil !
    @Elinoee Je suis contente de lire que ce petit début d’histoire ait réussi à t’émouvoir, ce n’est jamais très évident de trouver comment « commencer ». Leur vie n'a en effet pas toujours été très simple, mais promis elle a été heureuse aussi… enfin la plupart du temps…

    @sirhc59 merci beaucoup pour tes précieux conseils !

    @Horthak Merci pour ton retour qui m’a bien fait sourire. Team étude de lettres c’est par ici haha ! Alors si les références littéraires sont ton péché mignon, tu ne devrais pas être déçue : c’est plus fort que moi je ne peux pas m’empêcher de faire des petits clins d’oeil ici et là…

    @Ada merci à toi de l’avoir créé surtout ! J’ai rarement été aussi inspirée par un challenge avant. Et puis j’ai tellement ri avec Chen et ton ragoût de triton…
    Alors le dernier bâtiment fait partie de ceux de la rénovation des mondes de -NS- (ID : NSProduction sur la galerie si tu veux le retrouver), elle a vraiment fait un travail de dingue avec cette sauvegarde !

    Chapitre 1

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    Mamie,
    Si le coeur n’est qu’un muscle, pourquoi la raison aime-t-elle toute dépourvue d’elle ? Une larme trop diluée coule et coule sur ma joue. Elle est partie et c’est peut-être mieux comme ça. Elle est partie et cette fois je crois : elle ne reviendra plus.
    « On ne peut pas » a-t-elle murmuré avant de disparaître. Elle portait une de ces robes d’été qui annoncent les vacances, et sans même s’en rendre compte, elle emportait mon coeur. Je savais bien qu’avec ces mots-là, elle me laissait partir. Ma foi, c’est peut-être mieux comme ça.
    Désormais je suis libre, sans ailes.
    Amor,
    Ta Lizzie


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    Ta grand-mère était décédée l’automne d’avant, et même si tu ne le montrais pas, son départ avait laissé un grand vide derrière ton masque souriant. Son enterrement avait sans doute été la pire épreuve de ta vie. La pluie, la cérémonie religieuse, les sanglots et les lamentations, le noir, les Nocturnes de Chopin, tu le savais mieux que quiconque, elle n’aurait pas voulu ça. Elle aurait préféré que vous fassiez la fête en sa mémoire, que vous ressortiez les derniers cartons de son fameux jus de raisin pétillant et que votre père et votre tante vous racontent pour la énième fois ce dimanche matin, où elle avait failli inonder la maison en installant un recycleur d’eau dans la salle de bain, ou encore ce repas, où la chaise tout nouvellement fabriquée dont elle était si fière s’était effondrée sous son poids.

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    Tu m’as appelée ce soir là, il était tard, trop tard pour sortir, mais j’ai accouru tout de même. Tu allais mal, les punitions pourraient attendre demain. Je t’ai retrouvée aux bords des larmes sur le banc de la place du village devant le café qui faisait angle. Tu les retenais de toutes tes forces. Tu ne voulais pas pleurer. Elle n’aurait pas voulu que tu pleures, alors tu ne pleurerais pas.

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    Tu as parlé d’elle longuement et moi, je t’ai réconfortée comme j’ai pu. Je n’ai jamais été très forte pour apporter du réconfort, c’était toi qui savais le faire ça. Ta grand-mère, elle, elle avait toujours su vous comprendre sans faire de différence. Quand elle vous amenait au parc le mercredi après-midi, elle s’installait toujours à l’échiquier le plus à gauche, celui depuis lequel on pouvait apercevoir les cages à poule. Et pendant qu’elle apprenait à ta soeur à faire un échec et mat en trois coups, elle gardait toujours un regard affectueux sur tes amis et toi qui jouaient à chat un peu plus loin. Elle n’avait pas fait la même erreur que nous, jamais elle n’avait voulu faire de toi une brillante petite scientifique. Elle connaissait les surnoms de tes amis, ton amour pour les spaghetti bolognaise, le nombre de niveaux que tu n’arrivais pas à passer sur Le Refuge, elle te connaissait toi, peut-être tout simplement.
    ‘Allons danser !’ as-tu fini par t’exclamer.

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    Alors nous y sommes allées. Comme toujours quand tu avais décidé de faire quelque chose, nous foncions la tête baissée. Tu avais toujours eu cette étrange urgence de vivre qui ne laissait place ni aux angoisses ni aux questionnements existentiels. ‘Profitons aujourd’hui, le reste on verra demain’ c’était un peu ta devise. Et à seize ans déjà tu ne vivais que par elle. Tout ce qui importait c’était d’avoir tenté, ce qui survenait après ce n’était jamais grave. Et puis ça aurait toujours pu être pire après tout. Alors tu as accueilli son départ comme tu accueillais tout le reste, avec philosophie et positivité : elle avait eu une belle et longue vie, elle avait eu de la chance.

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    Les années avaient défilé et sans m’en rendre compte tu étais devenue le rayon de soleil qui réchauffait un peu mes journées pluvieuses. Je ne vivais plus que pour ces moments là, ces samedi où tu venais effrontément rompre le silence assourdissant de la bibliothèque pour m’arracher à mes livres et mon ennui. Ta soeur nous regardait partir sans un mot, armée de son plus beau sourire. Il n’y a eu ni remarque, ni froncement de sourcils, ni rien. Peut-être avait-elle déjà compris, qu’est-ce que Caroline ne savait pas après tout ?
    « Viens nous sommes en retard. » m’avais-tu dit un jour sans plus d’introduction.
    « En retard où ? »
    « A ton anniversaire. »
    « Mais ce n’est pas mon anniversaire, c’est le mois prochain ! »
    « Ce n’est pas grave, on fera comme si. »


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    Rire et oublier que le monde autour de nous continuait de tourner, c’était sans doute ce que l’on faisait de mieux. Parce qu’avec toi tout semblait plus simple, comme s’il suffisait de souhaiter quelque chose assez fort pour que cela se réalise. L’espace d’un instant, je pense même que j’y ai cru.
    « Il est tard, on devrait rentrer. »
    « Oui on devrait. Tu veux ton cadeau de non-anniversaire avant ? »
    « Dois-je avoir peur ? »
    « Non. Ou à peine un petit peu. Ferme les yeux ça fera moins peur. »


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    Et juste comme cela, tu m’as embrassée pour la première fois. Ce n’était pas brusque ni trop appuyé, à peine un effleurement, presque comme une caresse. Tu m’offrais une promesse silencieuse, et moi, je ne parvenais à faire taire les voix destructrices qui ricochaient contre les parois de mon crâne.

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    Et juste comme cela, j’ai sans doute fait la première erreur d’une longue liste : j’ai fui.
    Puis tu as sans doute fait la deuxième : tu ne m’as pas retenue.

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    Papa, Maman, chère Caroline,
    Je n’ai pas ma place ici, je ne l’ai jamais eue.
    Je veux vivre, je veux être.
    Je pars.
    Amor, Lizzie


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    Je n’ai retrouvé tes lettres que bien plus tard, cachées au fond d’un carton que j’avais dû emporter par erreur lors du déménagement. J’ignorais leur existence. Tu avais été ma femme, l’amour de ma vie, et je ne savais même pas que tu écrivais si bien. Qu’avais-je donc manqué d’autre encore ? Sans doute bien trop de choses.

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    Tu étais partie et tes parents n’avaient même pas l’air surpris. Comme s’ils savaient que tu finirais par franchir leur porte un jour ou l’autre sans jamais revenir. Tu leur envoyais un mail tous les dimanche soirs et ils n’osaient pas demander davantage. Faute de mieux cela leur suffisait. Tu étais partie, et nous devions apprendre à vivre avec ton absence.

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    Tous les samedi je retournais sur le banc, de la place du village devant le café qui faisait angle, à t’attendre. Je t’ai attendue cet été là, attendue et attendue encore, mais ce n’était jamais toi. Et puis un samedi, je ne suis plus venue m’assoir sur le banc, j’en serais morte, de t’attendre.

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    Mes parents n’avaient jamais été riches mais ils m’avaient tout donné, tout ce qu’eux-mêmes n’avaient pas eu. J’étais leur seconde chance en quelques sortes, l’occasion inespérée de faire un pied de nez à un destin un peu trop avare. Alors j’ai vécu pour eux, pour devenir la Caroline que ma mère aurait rêvé d’être, pour ramener ce diplôme et ce trophée de meilleure employée du mois à mon vieux père, qui attendait encore la promotion que le patron de l’usine avait promis il y a vingt ans. Il fallait qu’ils soient fiers de moi, mais toi tu n’as jamais compris ça : ‘c’est pas en gâchant ta vie que tu leur rendras la leur’ m’avais-tu dis. J’avais pleuré un peu ce jour là.

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    Ils m’ont regardée quitter le nid à mon tour, commencer une nouvelle vie loin de chez nous, sans réaliser que j’avais laissé derrière moi mon coeur meurtri, sur la place du village devant le café qui faisait angle. Tu n’étais qu’une amie après tout. Une amie un peu trop extravertie à leur goût, pas assez maniérée non plus. Au yeux du monde, tu étais toujours trop, tu n’étais jamais assez. Et moi, je suivais soigneusement les règles du monde.

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    Et j’ai joué ce rôle d’étudiante modèle à merveille, me plongeant dans mes études de lettres jusqu’à en oublier comment tenir une conversation cordiale sans citer Racine ou Flaubert. La princesse de Clèves était devenue ma nouvelle Caroline. Je découvrais en cette héroïne si mal aimée et incomprise, une figure féministe à laquelle je m’identifiais sans doute plus que de raison. Elle avait aimé un être qu’elle n’avait pas le droit d’aimer, préférant au feu dévorant d’une passion passagère la sereine liberté d’un amour resté immaculé. Aimer Nemours c’était renoncer à ses valeurs précieuses, à ce moi idéal auquel elle l’aspirait. Alors en se coupant du monde, la princesse de Clèves se choisit elle, avant tout homme, l’eût-elle véritablement aimé ou non, ‘pour l’amour de moi plus que pour l’amour de vous’ en somme.
    La Princesse de Clèves est mariée à un homme qu’elle estime mais qu’elle n’aime pas. Lors d’un bal organisé par la cour du Roi, elle rencontre le duc de Nemours et ils tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Cependant la Princesse lutte par devoir contre cette passion afin de rester digne de son mari. Lorsqu’elle avoue à ce dernier aimer un autre homme, il meurt de chagrin rongé par la jalousie. Libre et désormais veuve, la Princesse de Clèves refuse tout de même de vivre son amour avec le Duc de Nemours et se retire dans un couvent où elle passera le reste de sa vie.

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    C’était la fin du premier semestre et soudain tu étais là. Avec ta veste en jean trouée et tes cheveux violets, tu étais là.

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    On s’est regardé longuement en silence puis tu m’as dit de but en blanc ‘Je peux aller chez Caroline si tu préfères.’ Je n’ai pas répondu, il n’y avait rien à répondre. Tu n’en faisais qu’à ta tête de toute façon. Ton visage était marqué par la fatigue, ton regard alourdi par des cernes inquiètes, tu avais maigri. Les dix-sept ans que tu portais sur tes épaules osseuses en paraissaient presque le double, en douze mois tu avais grandi trop vite, un peu de travers peut-être même aussi. Tes lèvres étaient fendues par la longue cicatrice d’une blessure mal soignée, peu importe comment, tu avais survécu.

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    Dans les longues rues automnales, seuls nos pas résonnaient en cadence, une heure s'est écoulée peut-être même deux. Ce n’était pas notre banc, il était trop grand. Ce n’était pas le banc de la place du village devant le café qui faisait angle, mais nous n’étions plus vraiment les mêmes non plus. Nous étions trop grandes. Je ne savais pas quoi dire, tu ne savais pas par quoi commencer. Alors tu as emprunté les mots d’un autre pour confier aux étoiles ce que nous n’aurions jamais, l’une comme l’autre, le courage d’admettre à voix haute.
    «Que veux-tu que je devienne
    Si je n'entends plus ton pas ?
    Est-ce ta vie ou la mienne
    Qui s'en va ? Je ne sais pas.
    (…)
     J’en mourrai, fuis si tu l’oses
    A quoi bon, jours révolus,
    Regarder toutes ces choses
    Qu’elle ne regarde plus ? »*

    Je n’ai jamais relu La princesse de Clèves.



    A suivre...

    *Extraits de « Je respire où tu palpites » de Victor Hugo


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  • CrazyMotherCoolCrazyMotherCool Messages: 757 Membre
    C'est Topisims ta façon de raconter leurs histoires...
  • HorthakHorthak Messages: 1,317 Membre
    Modifié (août 2020)
    Perdre quelqu'un est toujours une épreuve horrible, et on dirait bien que la jeune Lizzie, malgré ses dehors de personne forte, est tout aussi dévastée par le deuil (ce qui ne veut pas dire qu'elle est faible, loin de là). J'ai beaucoup aimé le petit paragraphe qui dit que sa grand-mère aurait préféré qu'on fasse la fête en sa mémoire, ça me rappelle l'enterrement de la mienne. Ma mère s'est insurgée qu'on fasse une cérémonie religieuse alors qu'elle n'était pas croyante, mais ses soeurs plus âgées ont décidé à sa place... :sweat_smile: Bref ! C'est ton histoire, pas ma vie, rohlala, je m'éparpille...

    Adeline est là, dans tous les sens du terme. Elle réconforte Lizzie qui a du mal à sortir la tête de l'eau. Et c'est le début d'une grande amitié, qui va évoluer en quelque chose de plus fort. Tellement fort que ça fera peur à Adeline. Alors Lizzie s'en va ; elle a perdu son ancrage, alors à quoi bon ?
    "[...], me plongeant dans mes études de lettres jusqu’à en oublier comment tenir une conversation cordiale sans citer Racine ou Flaubert."

    EH MAIS C'EST MOI CA :bawling: (je crois que j'ai parlé de Balzac et de Zola sur un commentaire sur le forum y'a genre... deux jours, alors qu'il y avait pas vraiment de raison :joy: J'suis incorrigible... !)

    Ton parallèle avec La Princesse de Clève est extraordinaire. Quand l'amour nous mène à aimer une personne dont on devrait rester loin... Ta lecture de l'oeuvre est fantastique et me rappelle celle de ma prof de littérature du XVIIe qui a passé tout le semestre à défendre ce roman trop souvent catégorisé comme insipide et sans style (ce qui est faux, bien sûr). J'en suis à me demander si on n'a pas eu la même prof aha... :joy: "valeurs précieuses", valeurs ayant de l'importance ou valeurs de la préciosité ? J'adore cette phrase, tu écris définitivement très, très bien.

    Je crois que j'étais passée un peu à côté de la fin par contre, mais l'idée qu'elle se fasse passer elle-même avant l'homme qu'elle aime pour les préserver tous les deux est une interprétation que j'aime beaucoup. Il faudrait que je relise ce roman, mes souvenirs sont assez flous, c'est que ça commence à dater... :sweat:

    L'amour est évident entre elles deux. Elles se retrouvent, et c'est comme si les derniers mois n'avaient pas existé. Ou plutôt, comme si ça n'avait plus d'importance qu'ils aient existé.

    Tu termines en citant un de mes poètes classiques préférés, bon, on va bien s'entendre je crois :joy: Je pense que c'est un poème destiné à Léopoldine (je ne peux pas l'affirmer à 100% mais c'est ce que je ressens en le lisant), mais hors contexte, il fonctionne du feu de Dieu, c'est fabuleux.

    La dernière phrase est d'une puissance sans nom, je trouve... La princesse de Clèves a pris une décision, Adeline en a pris une autre, à l'opposé.

    Encore bravo pour ce superbe chapitre :heart: !

    PS : j'avais relevé tes références à Star Wars et Harry Potter aussi dans ton prologue mais je n'en ai pas parlé, encore un point positif, même s'il n'y en a pas dans ce chapitre ! :mrgreen:
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  • ElinoeeElinoee Messages: 2,743 Membre
    Bon,j'avoue:je n'ai jamais lu la princesse de Clèves:mrgreen: Du coup il y a clairement des références qui m'échappent :sweat_smile:
    Mais j'apprécie toujours autant la beauté de ton récit d'amour!

    Lizzie semble être une jeune fille d'une grande complexité et pleine de contradictions,mais en même temps très lucide...je cuis curieuse de la voir évoluer à l'âge adulte. Et bien sûr,de lire la suite des aventures amoureuses de ces deux jeunes femmes :smile:
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  • Melsy_LbaMelsy_Lba Messages: 244 Membre

    @CrazyMotherCool Merci pour ton retour. C’est la première fois que je me lance dans une narration à la seconde personne donc je suis ravie que ce format te plaise.

    @Horthak J’ai adoré lire ton commentaire.
    C’est ton histoire pas ma vie
    , cela me touche énormément que cette histoire ait pu faire écho à la tienne car cela signifie que quelque part le pari de faire prendre vie des personnages de fiction ait réussi.
    Tu as très bien cerné le personnage de Lizzie. Adeline est son « ancrage » c’est exactement le mot !
    Evidemment, tu as reconnu le clin d’oeil à la préciosité… ;-) Je voue une grande admiration pour le roman de Madame de Lafayette, je suis contente si mon interprétation t’a plu et surtout que tu aies si bien saisi l’importance de la dernière phrase !
    C’est aussi mon poème préféré de Victor Hugo, il faisait tellement écho à cette histoire que je ne pouvais absolument pas ne pas le citer ! Un grand merci pour ton retour ! <3

    @Elinoee J’écrivais cette histoire juste pour moi au départ d’où certaines références qui peuvent effectivement être un peu obscures (je vais rajouter un petit résumé de la Princesse de Clèves en spoiler ça ne fera pas de mal haha) La seule chose à comprendre est que la Princesse choisit de ne pas vivre avec l’homme qu’elle aime alors qu’Adeline fait le choix inverse.
    Lizzie est toute en complexité et en contradictions c’est le cas de le dire… Merci pour ton commentaire.

    Chapitre 2

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    Mamie,
    Je crois que c’est quand elle m’a souri la première fois. Ou non peut-être pas. C’était quand ses doigts ont laissé leur empreinte indélébile sur ma joue écarlate. Ou alors quand dans le reflet du miroir elle appliquait minutieusement du crayon noir sur ses yeux. Non c’était peut-être quand elle me récitait des poèmes. Suis-je bête ! C’était quand elle portait de ses deux mains sa tasse fumante à ses lèvres entrouvertes, les paupières closes, un sourire impatient légèrement dessiné, comme si par ce simple breuvage sa journée s’éclaircissait un peu.
    Tous les matins, je tombais amoureuse d’elle.
    Amor,
    Ta Lizzie
    .

    Sans trop savoir pourquoi, le lendemain tu étais toujours là. Tu m’as observée longuement, perdue dans tes pensées, puis ton café était froid alors tu as commencé à raconter. Il n’y avait plus que ça à faire.

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    Tu hésitais, bafouillais, te contredisais ici et là. Tu cherchais tes mots. Blablater, tu n’avais jamais aimé ça. Il fallait mettre du sens, préférer l’efficacité et la pertinence. Tu ne parlais pas toi, tu philosophais. Lizzie et ses idéaux… à coup sûr il y avait de quoi en écrire un roman ! Et ça la Lilith, elle l’avait bien compris. Que t’avait-elle promis dis moi ? Comment la jeune femme de seize ans que tu étais en était-elle arrivée à la décision de traverser un océan avec un simple sac-à-dos pour bagage ? Sans doute ne le sais-tu pas toi-même.

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    Aujourd’hui encore personne ne sait ce qui t’est réellement arrivé là-bas. Tu étais revenue, tu n’y retournerais pas. Il fallait aller de l’avant, tourner la page, ne plus y penser. Tu t’es accrochée à ce mantra comme à une bouée de sauvetage, et bien malgré nous nous respections cela. Il fallait vivre plus que jamais auparavant.

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    A demi-mots tu as fini par te confier : ton groupe d’activistes et toi aviez été trahis par une de vos membres. Elle vous avait laissés pour morts pendant plusieurs jours mais deux randonneurs qui cherchaient à s’abriter de l’orage vous avaient trouvés par hasard, vous aviez eu de la chance. Il n’y a pas eu de dépôt de plainte, pas d’enquête, pas de gros titre dans les journaux. Vous étiez abîmés, un peu cassés aussi, mais la promesse de vous venger se lisait sur vos cicatrices. Survivre, partir et revenir, c’était ton destin. ‘Le destin n’existe pas’ m’avais-tu répondu.

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    Il y avait cette ombre au fond de ton regard, qui s’agitait silencieusement, froide, indéchiffrable. Quelque chose en toi n’a jamais vraiment quitté cet endroit. Tu y avais abandonné ton insouciance en pâture aux coyotes : même un électron libre ne peut échapper complètement aux règles du monde. ‘Quand on a une fois ouvert les yeux, on ne peut plus dormir tranquille’ expliquait Reverdy.

    « Et si je te disais : ‘Adeline, marchons côte-à-côte et oublions le reste du monde’, que me répondrais-tu ? »
    « Quel monde ? »


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    L’extraordinaire, l’inédit, l’insensé étaient brusquement devenus mon quotidien. C’était l’effet Lizzie : tu bouleversais tout sur ton passage, repoussais mes barrières, prenais toute la place. Plus rien d’autre ne m’importait à part toi, je gravitais autour de toi. Tu étais ma fontaine de jouvence : tu me souriais et moi, je renaissais.

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    Tu es restée un jour, puis trois semaines, puis quelques mois, puis ton bordel et toi vous ne repartiez plus. Je savais que tu piratais pour te faire de l’argent, parfois tu téléphonais même en cachette, pensant sûrement que je n’entendais pas tes chuchotements agacés au creux de la nuit, mais rien n’importait : tu étais là.

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    Tu ne m’as jamais demandé pourquoi j’avais fui, pourquoi je t’avais abandonnée, si j’aurais préféré que tu me retiennes ce jour là. Même dans nos instants les plus sombres, tu ne m’as jamais reproché ton départ. Nous avions fait nos choix, c’était du passé, cela ne comptait plus. Alors nous avons repris là où nous nous étions quittées sans transition aucune, ni introduction. Tu avais une idée, elle était folle, comme toujours, et moi je te suivais, comme toujours, le rire au bout des lèvres. Il aurait suffit d’un mot de toi et je t’aurais suivi n’importe où. Je t’aurais même accompagnée sur Batuu si cette envie incongrue t’était venue.

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    Tu voulais finir ta première et ta terminale, passer ton permis, avoir ton bac. Et juste comme cela tu semblais avoir dix-sept ans à nouveau. Il me faudra des dizaines d’années pour comprendre : cette mascarade de gens ordinaires, tu ne la jouais que pour moi.

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    Tu te tenais là un peu gauche, la tête haute malgré ces regards en coin qui faisaient ton procès depuis que tu avais osé mettre un pied dans le petit appartement, du quatrième étage sans ascenseur rue André Gide, que mes parents avaient acheté à crédit dans les années soixante et qu’ils n’avaient pas quitté depuis. Je t’avais traînée là bien malgré toi pour fêter Noël et t’avais interdit de porter ta veste en jean déchirée : sans doute que quelque part, je te jugeais un peu moi aussi. Les apparences, les codes, les faux semblants, toi ça te passait au-dessus. Après tout, pourquoi diable s’embarrasser de couverts quand il était bien plus pratique de manger sa cuisse de dinde avec les doigts ? Ils ne t’ont jamais aimée et c’était réciproque. Alors tu te tenais là, comme un albatros malhabile, mais tu souriais quand même. Les dés avaient été pipés dès le départ : j’étais une femme, tu n’étais pas un homme.

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    Parfois nous étions ‘amies’, parfois ‘colocataires’, ou parfois même encore ‘acolytes’. C’était devenu une sorte de jeu et nous changions de terme comme nous aurions enfilé un nouveau costume avant de remonter sur scène. Les mots importaient peu, ils signifiaient tous la même chose : ‘mais bon sang ouvrez les yeux.’ Faire comme si, nous excellions à ce jeu là. Et tu m’as embrassée sous le gui ‘juste comme ça, tu sais, pour porter bonheur’. Oui c’était ‘juste comme ça’, comme ces amies que nous n’étions pas, une fois le rideau retombé.

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    Il y avait des jours plus durs que d’autres. Des jours où tout me semblait sombre, où j’étais convaincue que rien ne valait la peine, que j’allais échouer, tu ne m’aimerais jamais. Ces jours là j’aurais pu te mettre à la porte au moindre prétexte : les traces de dentifrice dans l’évier, tes emballages de Granola qui semblaient pousser comme du chiendent ici et là, les miettes et les taches de chocolat qui trahissaient les heures que tu avais passées sur le canapé à jouer à ta console… Mais ces jours là tu te t’énervais pas. Tu t’armais de ton plus beau sourire, d’un balai-brosse et de tes meilleurs ennemis : les couverts généreusement offerts par Maman. Puis à la fin de la journée tu me prenais dans tes bras, me murmurant tous bas : ‘ça ira mieux demain’

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    Et sans que l’on s’en rende compte un an et demi était passé. Notre relation était un espèce de flou artistique indéfinissable mais cela nous suffisait, au fond ça nous correspondait bien.
    « Je vais partir. » as-tu dit alors que le générique défilait.
    « Pourquoi ? »
    « Pour régler mes problèmes. Pour nous, pour devenir ta femme. Il faut que je parte tu comprends. Mais pas longtemps. »
    « Quand ? »
    « Un jour. »
    « Mais pas demain ? »
    « Non pas demain. Après-demain peut-être. »


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    Tu m’as fait l’amour ce soir là, marquant chaque millimètre de mon corps au fer rouge du bout de tes lèvres. La sentence était sans appel : à ton tribunal je plaiderai ‘coupable’ à perpétuité. Et près de trente ans plus tard, il me semble encore sentir sur ma peau le parfum doux-amer de cette première nuit dans tes bras. Le temps était compté alors il fallait vivre tant qu’on le pouvait.

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    Rien n’avait changé. Notre routine se poursuivant comme un long fleuve tranquille : j’allais toujours courir le samedi matin, tu sortais régulièrement avec ton groupe d’ami, Caroline passait de temps en temps. Je terminais ma deuxième année de Licence de Lettres, tu t’apprêtais à passer tes épreuves du Bac. Non, rien n’avait changé.

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    Et pourtant tout était différent. Il y avait les réveils du dimanche matin avec l’odeur du café et des oeufs brouillés, les sourires idiots ici et là que nous parvenions de moins en moins à dissimuler, les mains effrontées qui s’égaraient sur les hanches, les douches inexplicablement plus longues, les petits noms qui s’insinuaient mine de rien au milieu des conversations, ton corps frêle blotti entre mes bras pour écarter les mauvais rêves…

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    C’était notre bulle, notre secret à nous, notre petit bout de terre d’où plus rien ne pouvait nous atteindre. Mais cette douce illusion s’est vite évaporée, rattrapée bien malgré nous par l’intolérante vérité : le bonheur, ça vient toujours avec une date de péremption.
    « Vous êtres trop différentes. »
    « Peut-être. »
    « Ce n’était pas une question. »
    « Je sais. »


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    Je suis rentrée plus tôt : elle était là, sur le canapé un peu trop près de toi. Elle revenait d’entre les morts et elle était là, à ma place. Et depuis le seuil de la porte je vous imaginais déjà, héroïnes dans les pires scénarios d’une mauvaise comédie romantique. Tu l’avais suivie à l’autre bout du monde une fois, rien ne t’empêchait de recommencer.

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    « Elle est revenue te chercher. »
    « Pas moi. Ce qu’il y a dans ma tête. »
    « Tu parles toujours par énigme ? »
    « Pas toujours mais souvent. »

    Je voulais te retenir, je refermais mes mains de toutes mes forces. Tu me glissais entre les doigts.
    « Viens on va danser. »

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    Et on a dansé. On a bu. On s’est aimées aussi. Il n’y pas eu ni promesse, ni ‘je t’aime’, ni ‘attends moi’. C’était tacite, entendu, convenu par avance. On n’employait pas ces mots là. Nous on préférait les longs silences qui voulaient tout dire, les sourires déformés par la douleur de regarder l’autre s’éloigner, les mains qui pour un instant encore se serraient un peu plus fort…

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    Tes baisers ce soir là avaient un amer goût d’adieu.

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    Au petit matin tu étais partie, même les emballages de Granola n’étaient plus là.
    Et puis c’est là que je l’ai vue, depuis son perchoir elle semblait me défier. De ces deux dernières années c’est tout ce que tu m’avais laissé : une photo de nous.

    "Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher."

    L'albatros
    - Charles Baudelaire

    A suivre...
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    Caroline tente de la draguer alors que cette dernière n'a d'yeux que pour ses devoirs d' "Analyse d'un personnage". Désolée Caro mais c'est pas dans le script.
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    Les Contraires s'attirent : Amor Fati (Terminé)
    VDC/Histoire : Memento Mori (En cours)
  • HorthakHorthak Messages: 1,317 Membre
    Tant de poésie dans cette petite lettre à sa grand-mère où Lizzie parle de l'éclosion de ses sentiments pour Adeline... Tout cela a un goût d'inéluctable.

    Mais Lizzie a vécu des épreuves difficiles, on dirait bien. Et c'est finalement peu étonnant qu'Adeline ait été la première personne qu'elle ait eu envie de voir quand elle en est revenue.

    Et elle reste. Leur relation se développe, dans les non-dits et l'honnêteté des gestes. J'ai adoré les voir se compléter petit-à-petit, se soutenir et se comprendre (un peu). Mais évidemment, ce destin auquel Lizzie ne croit pas a tout de même fini par les rattraper. Je ne sais pas dans quelle mesure Lilith est importante pour Lizzie (peut-être pas tant que ça, si tout ce qui intéresse Lilith est ce que Lizzie a "dans la tête"), mais on sentait que cette histoire n'était pas terminée.

    Et quand Lizzie disparaît... ça laisse un vide, forcément. C'est une force brute, quand elle s'en va, on le sent tout de suite. Surtout quand l'amour s'en mêle, hein, Adeline ?

    C'est à la fois beau, triste et touchant comme histoire, merci de nous la partager :heart:

    J'ai mis un petit temps avant de comprendre le lien entre ce poème de Baudelaire et ton histoire, et puis je me suis rappelée qu'Adeline compare aussi Lizzie à un albatros... et la comparaison que fait Baudelaire la décrit aussi très bien elle.
    "[...] même un électron libre ne peut échapper complètement aux règles du monde."

    Encore bravo ! (j'vais le dire à chaque chapitre je crois !)
    Galerie : Horthak
    Studio
    Legacy : Renaître de ses cendres (en pause)
    100 bébés : Un commencement très... inattendu (en pause)
    NSBC : On Gathering Rainbow Berries
    Père Castor : Et si on recommançait ?
    Perdu sur l'île : Lune de miel
  • ElinoeeElinoee Messages: 2,743 Membre
    Ah,voilà un poème que je connais,au moins :wink: Cet albatros me touche beaucoup... Et il correspond bien à Lizzie.

    On apprend beaucoup de choses dans ce chapitre,notamment sur ce qui est arrivé à Lizzie pendant son absence,bien que ce ne soit pas vraiment clair. La voilà déjà repartie,et vers des horizons dangereux j'imagine :/
    Pauvre Adeline,qui passe tant de temps à l'attendre. Je soupçonne que ça va être l'histoire de sa vie,cette attente de son amour :'(
    C'est joli ce qu'elles vivent ensemble,mais destructeur aussi,finalement,bien qu'aucune des deux ne le veuille.

    Le repas de Noël avec les parents m'a fait sourire,sale ambiance :sweat_smile:
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  • Melsy_LbaMelsy_Lba Messages: 244 Membre

    @Horthak elle nous ferait une belle autruche je trouve, Adeline. Rien vu rien entendu haha. Oui je retrouve beaucoup dans le personnage de Lizzie le poète que Baudelaire compare à un albatros : jamais vraiment comprise, jamais réellement à sa place. Merci à toi de suivre cette histoire <3

    @Elinoee Lizzie est un esprit libre effectivement, un peu toujours sur le départ, et Adeline est son phare en quelques sortes. Elles sont jeunes, Lizzie en particulier, et ont beaucoup à apprendre l'une de l'autre pour éviter de se détruire justement... j'ai confiance en elles !
    Haha oui c'était quelque chose le Noël avec les parents. En plus la tante de Lizzie était décédée juste avant donc tout le monde était en dépression :D

    Chapitre 3

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    Caroline,
    Veille sur elle. Veille sur elle et sur ses rêves.
    Sur sa lumière et ses pensées diluviennes.
    Veille sur elle. Veille sur elle et sur mes rêves.
    Sur cette petite part de moi qu’elle a fait sienne.
    Veille sur elle et sur nos rêves. Veille sur elle.
    Amor,
    Lizzie


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    Un an de plus s’était écoulé et j’étais revenue au point de départ. Dans la chambre d’adolescente du petit appartement familial qui semblait avoir échappé au passage du temps, comme si ce matin encore j’avais quitté à regret la chaleur de ma couette pour me rendre au lycée. Et dans cette pièce où rien n’avait changé, je me sentais étrangère pour la première fois. On ne revient jamais sur ses pas. La course folle continue sans cesse et parfois, au hasard d’un croisement, le décor vous paraît étrangement familier. Mais ce n’est pas le même. Nous ne sommes plus les mêmes. Le temps est passé.

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    J’avais enfin décroché ce diplôme dont mes parents rêvaient, et j’avais célébré la fin de mes années universitaires jusqu’à ne plus savoir quelle matière j’y avais étudiée. En vérité, c’était surtout celle que j’avais vécue sans toi que j’espérais oublier. Mais de près comme de loin, je n’ai jamais su t’oublier.

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    Et puis la vraie galère a commencé. Parce que ce qu’on ne vous dit jamais, c’est que le plus dur à l’université ce n’est pas d’y réussir, c’est d’en partir. J’avais un diplôme avec mention en poche dont personne ne voulait : trop jeune, manque d’expérience, trop scolaire etc. etc. Et les factures s’entêtaient à arriver, refusant ces scélérates de se payer d’elles-mêmes. Alors j’ai fait comme j’ai pu, travaillant ici et là sans compter les heures et ni regarder le code du travail d’un peu trop près.

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    « Vous êtes en direct avec nos équipes de reporters devant le bureau de Police d’Oasis Spring. Cela fait quelques heures désormais que Nancy Plènozas y est en garde à vue pour recel, entrave à la justice et détournement de fonds. Souvenez-vous, le célèbre PDG, Geoffrey Plènozas, avait été condamné l’année dernière pour s’être généreusement servi dans les caisses publiques en utilisant les codes d’accès de sa femme Nancy Plènozas, ministre des affaires extérieures. Une question demeurait alors sur toutes les lèvres : l’épouse éplorée était-elle aussi innocente qu’elle cherchait à nous le faire croire ? Aujourd’hui les Equilatéraux, un groupe de hackers se présentant comme des Robin des bois du net, ont refait surface après plus de trois ans sans signe de vie pour y répondre. Ils ont publié sur leur page internet une dizaine de preuves incriminant Nancy Plènozas et innocentant l’héritier de Plènozas sénior contre toute attente. Au milieu de celles-ci une phrase énigmatique a attiré notre attention : « Applaudissez ceux qui ont survécu, craignez les morts qui ne sont pas muets. » Est-ce un simple slogan ou un avertissement directement adressé aux Plènozas ? En tout cas il semblerait qu’il y ait encore bien des choses à élucider dans cette histoire. Nous revenons dans un instant pour… »

    En quelques secondes j’avais assemblé toutes les pièces du puzzle : ta disparition à seize ans, le tatouage, les dates, tes piratages à trois heures du matin, le désir de vengeance, les problèmes à régler, ton départ, ta promesse silencieuse de revenir… L’ensemble de ces quatre dernières années défilaient à toute vitesse dans mon esprit, cherchant ce que j’avais manqué, si tu avais laissé des indices, n’importe quoi…

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    Quelques semaines plus tard, tu étais là. Comme un papillon égaré sous l’orage estival. Avec tes deux vélos sous le bras, tu attendais là, trempée, depuis je ne sais combien de temps. Mais ce n’était pas grave, ce n’était que de l’eau après tout, et puis désormais, nous avions la vie devant nous.
    « Viens, on part. » m’as-tu dit.
    « Où ça ? »
    « Faire une chasse au trésor. Puis au fin fond du monde. »


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    Et juste comme cela, je t’ai suivie à nouveau. Les yeux fermés, sans rien savoir ni comprendre. Je n’ai plus demandé où nous allions. Je n’ai pas demandé non plus où tu étais partie, ni ce que tu avais fait, ni si l’escale chez les Plènozas pour récupérer la bague de ta grand-mère n’était pas susceptible de nous valoir un séjour en prison. Tu voulais explorer, goûter à cette vie que nous n’aurions jamais une fois le livre refermé et la console éteinte. Et moi, comme toujours, je te suivais.

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    On a pédalé vers le Nord pendant plus d’une semaine, s’arrêtant seulement pour manger et pour dormir lorsque la luminosité était trop basse pour que nous puissions continuer à avancer. Un jour nous nous sommes arrêtées et tu as déclaré fièrement : ‘je suis perdue. On est arrivées.’
    On est restées là plus d’un mois, à se nourrir de hot-dogs et à compter les étoiles. On était bien.

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    Les jours de pluie nous nous réfugions au spa d’un petit village en contrebas et nous continuions notre collection de feux d’artifice, comme tu l’appelais. Les jours de pluie étaient mes préférés.

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    Nous étions venues jusque ici pour échapper au reste du monde, et parfois, je me surprenais à croire que nous avions réussi.

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    Nous avons terminé notre périple là où nous l’avions commencé, sur le banc de la place du village devant le café qui faisait angle. Tu étais essoufflée, les joues légèrement rougies, et tu souriais. Une évidence.
    « Elisabeth, épouse moi. »
    « Ce serait une folie. »
    « Sûrement. »
    « D’accord alors. Marrions nous. »


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    Je ne suis plus jamais retournée dans la chambre d’adolescente du petit appartement familial, du quatrième étage sans ascenseur rue André Gide. Nous avions laissé nos dernières économies dans la caution d’un T3 de la ville voisine. Il n’était pas neuf, il n’était pas très grand non plus : à peine une modeste pièce à vivre et une chambre de neuf mètres carrés avec un bureau attenant que ton bordel et toi vous étiez approprié, mais c’était le nôtre et c’était tout ce qui comptait. Notre vie commençait.

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    Le quotidien nous avait vite rattrapées. Laissant mon diplôme de Lettres au placard, j’avais finalement trouvé un poste d’assistante de direction dans une grosse entreprise. Ce n’était pas le travail de mes rêves mais il payait les factures, et avec l’état précaire de nos finances je ne pouvais pas me permettre de faire la difficile, au moins je ne travaillais pas les week-ends, c’était déjà ça. Toi tu contemplais cela d’un mauvais oeil, bossant en intérim à droite à gauche pour des firmes de jeux vidéos, ne comprenant pas mon refus d’abandonner la sécurité de mon emploi pour poursuivre une carrière d’écrivaine en free-lance. ‘qui réalise tes rêves pendant que tu passes ta vie à travailler pour celui des autres ?’ m’avais-tu répété.

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    Les semaines défilaient, chacune un peu plus identique à la précédente, suivant fidèlement le fameux rythme ‘métro boulot dodo’. Même les week-ends nous ne sortions plus beaucoup : j’avançais enfin sur les nouvelles inachevées que j’avais entamées pendant mes années étudiantes et tu travaillais sur un mystérieux projet dont tu refusais de parler ‘vous verrez bien un jour’. Cependant nous avions fait bien malgré toi une exception pour le week-end de Thanksgiving. Tu avais du travail par dessus la tête, ton père était décédé l’année passée, tu n’avais jamais aimé cette maison de vacances à Brindleton Bay, bref tu traînais des pieds. Mais Caroline était sur le point d’accoucher et je n’aurais manqué une fête de famille pour rien au monde, alors comme toujours nous y sommes allées et toi, tu as souri.

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    Ta mère avait passé les deux jours à tricoter, ne quittant sa chaise à bascule que pour les extrêmes nécessités, ronchonnant presque lorsque tu la réveillais doucement pour l’aider à rejoindre son lit. Personne n’avait osé le faire remarquer à voix haute mais elle n’avait plus vraiment toute sa tête depuis que ton père n’était plus là. Elle répétait comme un mantra qu’elle devait faire vite, qu’elle n’aurait pas le temps de finir, qu’elle n’avait pas de modèle de bodies pour garçon, qu’il fallait que tu lui en imprimes un ‘sur le internet’. C’était ridicule : Caroline attendait une fille, mais tu t’es exécutée sans discuter : ’cherchez pas, ça lui fait plaisir’.
    Tu avais déjà compris ce que je ne comprendrai moi que sur le trajet du retour : le bodies n’était pas pour Caroline, elle l’avait tricoté pour nous.

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    Tu t’étais éclipsée le dessert à peine englouti et je savais que je te retrouverais là : en haut du phare, face à l’océan, la tête dans les étoiles.
    « Quel est le sens de la vie ? Rien d'autre - question simple, qui semblait se faire plus pressante au fil des années. La grande révélation n'était jamais arrivée. En fait, la grande révélation n'arrivait peut-être jamais. C'étaient plutôt des miracles quotidiens, des illuminations, allumettes craquées à l'improviste dans le noir; en voici une. » as-tu récité de mémoire.
    « Virginia Woolf ? »
    « La promenade au phare. »


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    « Je n’ai jamais aimé Virginia Woolf. » t’ai-je confié.
    « Pourquoi ? »
    « Elle pose trop de questions et ne donne pas de réponse. »
    « Je n’ai pas besoin d’elle. Tu es ma réponse. »


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    Cécile, la fille de Caroline, est née quelques jours plus tard, pressée de découvrir le monde alors que les premiers flocons de neige commençaient timidement à recouvrir le village. Et du haut de ses quarante-huit centimètres ma filleule promettait déjà de me mener par le bout du nez. Tu t’étais moquée à demi-mots de mon air gaga mais je savais très bien que tu n’en menais pas large non plus quand tu pensais que personne ne te regardait. Et sans doute que toi aussi, secrètement, lorsque tu observais ta soeur avec sa fille endormie au creux des bras, tu l’enviais un peu.

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    Je perdais pieds. Mon recueil de nouvelles avait essuyé un énième refus, et je voyais mon rêve s’éloigner toujours plus encore. Mais toi, tu étais là. Tu demeurais ce roc qui me répétait inlassablement ‘Tiens bon mon amour. Demain peut-être.’
    Notre mariage était prévu pour le début de l’été, l’hiver n’aurait pas pu passer plus lentement.

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    Ma journée avait été atroce : le logiciel avait planté alors que je n’avais pas sauvegardé, un collège avait renversé son café sur mon chemisier et pour couronner le tout le métro était resté immobilisé pendant plus de vingt minutes à cause d’un bagage oublié. Je ne rêvais que d’une chose : me blottir tout contre toi jusqu’à l’année prochaine au moins. Mais ils étaient là : ton groupe d’amis bruyants et mal élevés avec qui tu passais bien trop d’heures à mon goût à jouer à la console. Puis surtout, elle, elle était là. Gwen, si ma mémoire est bonne. Je n’en aimais aucun, mais elle je l’aimais encore moins que les autres. Elle avait cette fâcheuse manie de te toucher en permanence et cela m’agaçait au plus haut point.

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    C’était la goutte de trop : le premier verre qui traînait s’est malencontreusement vidé sur elle et tout le monde a déguerpi au pas de course.

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    J’ai crié, tu as crié, j’ai pleuré, tu m’as consolée. Nous avions notre manière bien à nous de nous réconcilier, et je te soupçonnais même parfois de faire exprès de m’énerver…

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    « On devrait se marier. » as-tu dit alors.
    « C’est prévu. Dans trois mois. »
    « Non. On devrait se marier maintenant. »
    « Il est vingt-trois heures ! »
    « Demain alors. »
    « D’accord. Demain. »


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    Et on s’est mariées juste comme ça. Le maire, nos robes blanches et toi et moi. C’était atypique, précipité, passionné : cela nous ressemblait.
    « Qu’est-ce que l’on va dire aux autres ? »
    « Que l'on s’aime et que tu es la femme de ma vie. »


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    « Ce serait un chef d’oeuvre tu sais… » m’as-tu murmuré.
    « Qu’est-ce que ? »
    « Un enfant de nous deux. »
    « Oui c’est vrai. »


    « Pourquoi vit-on ? A quoi bon, demandait-on, se donner tant de mal pour perpétuer la race humaine ? Est-ce tellement souhaitable ? (...) Questions stupides, vaines questions, questions que l'on ne se posait jamais si l'on était occupé. La vie humaine est-elle ceci ? La vie humaine est-elle cela ? On n'avait jamais le temps d'y penser. »
    La promenade au phare
    - Virginia Woolf


    A suivre...

    Petit point sur l'avancée du Challenge (premier objectif de rempli... il était temps :smiley:)
    > Se marier à son contraire OK
    > Avoir au moins un enfant
    > Faire une activité de couple chaque dimanche En cours
    > Essayer toutes les sortes de crac-crac (8/16)
    > Rompre juste avant de passer à l'âge Adulte
    > Trouver chacune un.e autre partenaire PNJ qui aura des traits contraires aux siens
    > Se remettre ensemble à l'âge sénior
    > Mourir d'épuisement
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    Les Contraires s'attirent : Amor Fati (Terminé)
    VDC/Histoire : Memento Mori (En cours)
  • CrazyMotherCoolCrazyMotherCool Messages: 757 Membre
    Waouw, c'est une belle et triste histoire d'amour. Bien racontée mais on sent cette relation dominé-dominante entre elles avec une telle passion. Je sais pas si c est claire lol. Hâte de lire la suite. Je ne m'étais pas rendue compte qu'il y avait 16 crac-crac différent dans le jeu
  • ElinoeeElinoee Messages: 2,743 Membre
    Les poèmes de Lizzie sont toujours aussi touchants :heartbreak:
    Et l'amour entre Adeline et elle tellement magnifique! Les mots me manquent,je suis émue par ma lecture...
    J'aime ta manière de glisser certaines références littéraires,toujours très fortes. Je les apprécie et elles me touchent,bien que je sois loin de les connaître toutes :)
    Des vies d'ado : 🌈Bonheurs et désillusions à Copperdale🎓 (en cours)
    Step by Step : Le virus(en cours)
    Comme à la ferme : 🐰 Le rêve de Liselotte 🦊 (terminé)
    Colonie/ Settlers :🌍 Nouveau monde 🌎 (terminé)
  • HorthakHorthak Messages: 1,317 Membre
    Aah les études de Lettres qui n'ont pas de débouchés à part prof... :mrgreen: (on sait que c'est pas tout à fait vrai mais bon :joy:) Adeline a donc du mal à joindre les deux bouts, ce qui est compréhensible... :confused: Et maintenant, elle n'a plus ses études pour la distraire de l'absence de Lizzie, alors elle se noie dans des boulots qui demandent toute son attention, même s'ils ne sont pas très légaux...

    Et la révélation vient enfin, de ce qu'a fait Lizzie depuis ses 16 ans. Et c'est plutôt une bonne nouvelle ça, aider à faire tomber de grands criminels, c'est pas rien ! :mrgreen: Et la voici qui revient, et Adeline ne se pose pas plus de questions, elle l'accueille à nouveau à bras ouverts. Aaah, l'amour... Elles se sont isolées dans la nature pendant longtemps pour se retrouver... et tes screens, bon sang ! La retouche de celui où elles s'enlacent, on dirait un tableau, c'est fantastique.

    Cette demande en mariage est expéditive et leur correspond très bien je trouve ! :mrgreen:

    Adeline abandonne ses rêves au profit d'une sécurité financière, et même si c'est dommage, on peut difficilement lui en vouloir, même si Elisabeth aimerait autre chose pour elle. Le monde dans lequel on vit n'est pas très tendre avec les rêveurs, j'en sais quelque chose :sweat_smile:

    Caroline attend un bébé ! La famille s'agrandit. Et on dirait que quelqu'un essaie de faire des sous-entendus pour que les filles aient aussi une descendance... je sais que ça fait partie des règles du challenge d'ailleurs, je me demande comment tu vas présenter ça ! :blush:

    Moi j'aime bien Virginia Woolf... :mrgreen: Ainsi que la citation que tu as donnée, même si je n'ai jamais lu To the Lighthouse. Un jour, peut-être... !

    J'ai l'impression qu'avec la naissance de la petite Cécile, cette idée de bébé les travaille un peu toutes les deux.

    Est-ce en partie pour ça qu'Adeline craque quand elle revoit Gwen après... ? :mrgreen: Sûrement... Le mariage suit immédiatement après, et elles sont belles toutes les deux dans leurs robes blanches... et l'enfant qui revient sur le tapis... Elles ont le droit au bonheur peut-être. Même si je me doute qu'il ne va pas durer éternellement... Il doit se briser avant de revenir.

    J'ai fais un petit exercice de mémoire pour me rappeler de tous les crac-cracs différents dans les sims car comme @CrazyMotherCool je ne m'étais pas rendue compte qu'il y en avait autant, mais en fait si ! (d'ailleurs en réalité il y en a 17, mais le dernier n'est faisable que par les vampires qui peuvent se transformer en chauve-souris, donc en effet, ça compte pas :lol:)
    Galerie : Horthak
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    Legacy : Renaître de ses cendres (en pause)
    100 bébés : Un commencement très... inattendu (en pause)
    NSBC : On Gathering Rainbow Berries
    Père Castor : Et si on recommançait ?
    Perdu sur l'île : Lune de miel
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